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La création

Former des « artistes danseurs »

Née de la thérapie, la danse biodynamique s’est développée et a rayonné avec les cours, les ateliers et les stages et s’est imposée par l’enseignement structuré de la formation d’animateurs de danse.

Aujourd’hui elle se revendique aussi expression artistique à part entière grâce à un art chorégraphique qui, sans vouloir se figer dans une technique ou un style bien spécifique, les intègre tous. Moi-même je n’ai jamais vraiment arrêté de danser sur scène, y compris durant les années où je ne faisais que de la thérapie, d’ailleurs cette longue expérience d’artiste a progressivement fait mûrir une expression chorégraphique originale que j’essais de transmettre à tous ceux dont je sens la maturité et le talent suffisants pour la recevoir. La thérapie a contribué à incarner et à humaniser ma danse au-delà d’un référentiel technique et esthétique ; l’animation l’a vulgarisée en la mettant à la portée de tous ; la formation l’a rendue transmissible grâce à une méthode pédagogique concrète et efficace ; la création commence maintenant à former des « artistes danseurs » ! Voilà, le mot est « lâché » !… C’est l’aboutissement d’un long parcours et aussi une nouvelle gageure (surtout si l’on considère que les danseurs en question ont pour la plupart largement dépassé l’âge de la retraite officielle en ce qui concerne la danse, c’est-à-dire 40 ans) ; de surcroît, mon désir est de leur donner également le moyen d’être leur propre créateur, dans la mesure où jusqu’alors ils ne pouvaient être qu’interprètes dépendant d’un chorégraphe. Enfin, pour corriger la croyance qui veut que pour danser il faut être jeune, beau et svelte, j’ai inversé les paramètres en mettant la danse biodynamique au service du corps (et non plus le corps au service de la danse) : c’est bien là sa spécificité, car même ceux qui ne correspondent pas aux critères habituels peuvent y apporter leur génie et leur originalité, et le spectateur y est d’autant plus sensible qu’il peut davantage se projeter sur le danseur en se disant « pourquoi pas moi ? ».

Depuis les premiers ateliers à Valence en 2000, j’ai encouragé et préparé bon nombre d’élèves à la création et à l’issue de l’examen final de formation d’animateur de danse biodynamique, certains étudiants se sont vus attribuer l’option « scène » pour leurs qualités « d’artiste danseur » déjà très abouties. D’ailleurs, en 2006, deux lauréates de la première promotion ont monté avec succès un spectacle à Paris.

Déjà dans les ateliers, le fait d’offrir la possibilité à chaque personne de danser seule devant le groupe (notamment à Paris où nous avons la chance de travailler dans un vrai théâtre), donne un petit côté spectacle aux ateliers, et si je me suis parfois entendu dire que cela pouvait entretenir un côté narcissique chez les élèves, alors vive le narcissisme, dans la mesure où il donne aux gens la possibilité de progresser dans leur expression personnelle et de s’affirmer en mettant en valeur à chaque fois davantage leurs qualités de danseur ! A plus forte raison dans les « ateliers-labos » qui regroupent les élèves plus anciens et plus expérimentés, où le propos est de développer la création par un travail de recherche chorégraphique.

La création à travers la danse m’a permis de ne pas sombrer dans l’étouffoir de la médiocrité reproductive, et, de ce fait, elle est devenue une manière de vivre, aussi pour ma part, je suis convaincu qu’un art ne peut rester vivant que s’il engendre des artistes, et pas seulement des amateurs ou des pédagogues ! Alors une danse qui n’engendrerait pas de danseurs serait pour moi comme une sexualité stérile ou onaniste qui resterait en cercle fermé.

[…]

La création par rapport à la danse biodynamique

L’expression du corps va bien plus loin que les mots car elle concentre le langage dans une densité et une humanité tangible, troublante et souvent indicible, qu’elle poétise à travers le mouvement et transcende à travers la danse, révélant par la fragile transparence de la nudité intérieure du danseur l’exaltation d’une quête, la douleur d’une déchirure, le manque d’une absence, le secret d’un mystère…

Est-ce pour cela que j’ai choisi le corps plutôt que les mots, la danse plutôt que le théâtre ? Peut-être, mais - en tous cas - toujours avec le désir ardent de découvrir ce langage de vérité universelle, fondamentalement vivant et humain.

N’est-ce pas cela que je cherche aussi à révéler chez mes danseurs, en essayant de les « accoucher » d’eux-mêmes, et de les amener au seuil d’une conscience qui va bien au-delà des apparences ?

En cela, la création est comparable à un long processus alchimique qui décompose l’artiste dans les convulsions et les sursauts chaotiques des ombres de son inconscient (œuvre au noir), qui le brûle et calcine les images rassurantes du miroir égotique, et libère l’essence de sa réalité profonde (œuvre au blanc) pour la fixer dans la pierre du cristal de l’Oeuvre (œuvre au rouge). Mais… restons modeste, car l’Oeuvre est un cheminement et non une fin en soi, d’ailleurs nous n’en sommes que l’instrument, pas la musique, et notre tâche est de justement travailler cet instrument pour que sa musique soit la plus belle et la plus pure possible !

Créer certes, c’est ce que nous avons fait jusqu’alors à travers l’expression spontanée d’une improvisation basée sur le ressenti fugace du moment. Mais comment arriver à construire une création chorégraphique qui puisse être fixée - en tous cas en partie - sans pour autant stériliser cet instantané insaisissable du vivant ? C’est bien là la difficulté du compromis. En fait, la construction se fait dans un processus de répétition, sous le regard avisé d’un superviseur plutôt que d’un chorégraphe - car il n’y a pas à proprement parler de chorégraphie. Le rôle du superviseur est de repérer les qualités particulières de l’expression artistique du danseur pour les faire aboutir, en le guidant avec objectivité - par delà les méandres de son inspiration - vers la cohérence d’une construction, tout en conciliant structure chorégraphique et improvisation. C’était déjà le sujet d’achoppement des « ateliers-laboratoires » où les élèves travaillaient durant plusieurs mois sur la même musique. Par le travail de répétition commençait à se tisser une structure souple et légère qui donnait des repères de construction sur lesquels ils pouvaient commencer à mettre en place une danse déjà élaborée, avec la liberté d’évoluer et de changer suivant l’état du moment, sans risquer de se perdre (comme le repérage d’un itinéraire qui laisse la possibilité de faire des détours, ou de prendre des chemins de traverse). Il est préférable de ne pas écouter trop souvent son morceau, quitte à travailler sur d’autres musiques -en restant toutefois dans les mêmes thèmes musicaux - sinon avec les répétitions, le risque est de ne plus être touché par la musique et donc de tomber en panne d’inspiration. Cela a été le cas d’une élève qui restait perplexe quant au travail de construction chorégraphique (d’autant plus qu’en dehors de ses passages individuels, elle ne trouvait ni la motivation, ni l’inspiration pour travailler) ; cependant, à son insu, sa danse se structurait davantage à chaque passage dans le sens d’une construction chorégraphique, sans jamais perdre en force ni en authenticité ; cela lui donnait même un support, une maîtrise qui, sans la restreindre, lui permettait d’aller plus loin encore dans l’inspiration du moment. Moi-même, lorsque je fais une création, je commence toujours par un travail préliminaire en improvisation dont je ne garde que les mouvements forts et porteurs de sens, et, au bout d’un moment, la structure se met en place d’elle-même, permettant ainsi de construire et de faire évoluer ma danse. Il ne faut jamais que la structure chorégraphique ficèle complètement la création, afin de garder toujours cette part d’imprévisible qui fait que ce ne sera jamais la même chose. […]


Présentation du livre
Spirale de vie
Dans la lignée de la psychologie biodynamique(*), Rafael Baile nous raconte la fabuleuse aventure de la danse biodynamique à (...)
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